Faire ressurgir le plus ancien monument de Paris : un sacré défi


En 1710 à Paris, une grande découverte archéologique à lieu dans les fondations de la cathédrale Notre-Dame. Il s’agit de restes du pilier des Nautes, bateliers de Lutèce, un édifice gallo-romain remarquable qui était enfoui là depuis l’Antiquité ou le Haut Moyen-Âge. Depuis le XIXe siècle, plusieurs de ses blocs sont exposés au Musée de Cluny mais l’ensemble demeure méconnu du public. Aujourd'hui, l’association Gladius Scutumque souhaite le reproduire selon une hypothèse scientifique de restitution et l’ériger à nouveau dans Paris. Une belle aventure d’archéologie expérimentale. Mais, avant d’en dire plus, remontons le temps.

Au début du XVIIIe siècle, Louis XIV fait construire un nouveau maître-autel pour la cathédrale de Paris. C’est en creusant les fondations du monument que les ouvriers sortent de terre cinq blocs de pierre sculptée. La découverte fait sensation et débat dans la haute société d’alors. Depuis se succèdent les interprétations et leurs critiques. 

La mystérieuse offrande de la confrérie des marchands de la Seine

A ce jour, ce monument est le plus ancien de Paris, mais il est incomplet, comme un puzzle dont des pièces manquent. Les historiens et les archéologues tenter toujours de percer ses secrets. L’offrande des Nautes garde une grande part de mystère sur son origine et sa signification. Les questions restent nombreuses : quel en est le caractère sacré ? qui sont les hommes en armes représentés sur l’un des côtés ? qui a commandé le pilier ? pourquoi et quand a t-il été mis en pièces puis enseveli sous Notre-Dame ?

Mais les scientifiques ont déjà apporté certaines réponses. Sur la face principale de l’un des blocs, les Nautes présentent leur monument comme une offrande à l’empereur romain Tibère et à Jupiter. Leur dédicace permet de dater le monument du 1er siècle après J.-C. Sur d’autres blocs, des bas-reliefs représentent des divinités gauloises et romaines.

Ce sont donc les Nautes parisiens, des armateurs et bateliers commerçants de l’antique Lutèce, qui ont fait construire ce monument. Regroupés au sein d’une puissante confrérie, ces bateliers détenaient le monopole des échanges sur la Seine. Il est d’ailleurs possible que l’emplacement du monument se trouvait dans le port de Lutèce, dont un morceau du mur du quai a été retrouvé sous le parvis de l’île de la Cité. C’est dans ce quartier que l’association Gladius Scutumque, aimerait installer la reconstitution du pilier. Un projet d’envergure car le monument restitué mesurerait 5 mètres de haut et pèserait plus de 5 tonnes de pierre calcaire !

Un monument exceptionnel

Après l'échec de la révolte gauloise de Sacrovir en l’an 21, la domination romaine est affermie. La prospérité et la paix sont ensuite confortées. Le mélange des peuples s’opère, donnant la culture gallo-romaine. En témoigne l’union des dieux celtes et romains dans les croyances religieuses des habitants de la Gaule romaine. La statue votive des bateliers de Lutèce en est un bel exemple.

Le rôle majeur des Nautes dans la cité de Lutèce, les traces gravées du syncrétisme entre le panthéon celtique et romain, et le fait que le pilier soit le plus ancien monument de Paris trouvé à ce jour, lui donnent son caractère rare. Ses inscriptions et figures gravées sont des indices précieux pour comprendre la fondation de Paris durant l’Antiquité.

La technologie au secours du passé

Les travaux préparatoires se feront grâce aux recherches historiques et artistiques et croisées avec les hypothèses d’un groupe d’experts : géologues, archéologues, historiens et conservateurs.

D’importants moyens techniques seront utilisés pour restituer l'assemblage de blocs et ensuite pouvoir le présenter au public lors d’une exposition multimédia. Le scan 3 D des pièces existantes du pilier est mené en collaboration avec le service numérisation de la Réunion des Musées Nationaux. Cette analyse permettra d’élaborer un modèle 3D aidant à la sculpture artisanale des motifs et des inscriptions sur la pierre calcaire de l’Oise. Le pilier sera ensuite installé dans un musée ou un parc parisien. Les visiteurs y trouveront des informations multimédia sur l’œuvre.

Le soutien du public

L’association Gladius Scutumque appelle les passionnés d’Histoire et de culture à participer à ce projet de restitution, sur lequel un documentaire TV est en préparation. Elle invite le public à y contribuer grâce au financement participatif et ainsi apporter sa pierre à l’édifice.

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crédits photos et images : Sequana Média, Gladius Scutumque